Histoire de Mézidon Canon et de son canton

Histoire cantonale et communautaire de Mézidon Canon et cartes postales anciennes

15 septembre 2008

Pierre de THILLAY (TILLY), bailli de Caen et seigneur du Mesnil-Mauger

Pierre de Thillay tire son nom de la paroisse de Thillay près de Gonesse (dans le Val d’Oise). Le premier texte, qui fournisse une mention authentique de ce personnage est le compte général des revenus du roi pendant l'année 1202-1203.

Dans ce document, le compte des revenus du roi pour l'Orléanais est rendu par Guillaume de la Chapelle et par Pierre de Thillay (Recepta Willelmi de Capella et Petri de Tilleio). Il est probable que dès lors une partie de l'administration de l'Orléanais était confiée à ce dernier.

Philippe-Auguste, après la conquête de la Normandie, se fit une règle de choisir dans les anciens domaines de la couronne les hommes qui devaient agir en son nom dans ses nouveaux États. Pierre de Thillay fut un de ceux qui lui inspirèrent le plus de confiance et auxquels il donna mission d'habituer les Normands à la domination française. Il le nomma bailli* de Caen. Cette nomination est au plus tard de l'année 1205 ; car, cette année, une donation fut faite à l'abbesse de la Trinité de Caen, en présence de Pierre de Thillay, bailli du roi.

En 1206, le roi, comme pour l'intéresser à l'affermissement de la conquête, lui concéda de vastes domaines situés au cœur de la Normandie : il lui assigna le manoir qui avait appartenu à Robert de Fribois, la terre que Geoffroi du Mesnil-Mauger avait tenue du fief de Montfort et du chambellan de Tancarville, la terre que Robert de Vaux tenait de Geoffroi du Mesnil-Mauger, et la terre que Henri Heuse possédait à Banneville (d’après le catalogue des actes de Philippe-Auguste). Philippe-Auguste s'était réservé quelques droits au Mesnil-Mauger, qu’il abandonna 2 ans plus tard, il les abandonna en échange des rentes et des terres que Pierre avait acquises de Raoul de Rupierre à Beaumont-le-Roger.

Ce ne fut pas seulement à la générosité de son maître que Pierre de Thillay dut ses propriétés de Normandie. Plusieurs seigneurs de cette province, peut-être pour se concilier plus sûrement la bienveillance du bailli royal, se plurent à arrondir ses domaines. Ainsi Guillaume de Rupierre, Gilbert de Tillières, Renaud de Saint-Valeri et Aubrée de Ros lui donnèrent des biens considérables situés à Banneville la campagne, à Lirose, à Mathieu, à Cheux et dans la prairie de Caen. Il acquit aussi à Saint-Contest, à Percy, à Falaise et à Giberville des terres qui appartenaient ou avaient appartenu aux fiefs de Philippe d'Agneaux, de Pierre d'Evrou, du comte de Gloucester et de Hugue de Clinchamp.

Ainsi il se forma un fief considérable, dont le chef-lieu était au Mesnil-Mauger, localité importante dès la première moitié du douzième siècle.

Mais les soins que Pierre de Thillay donnait à ses domaines ne lui faisaient pas perdre de vue la tâche que le roi lui avait confiée. Le tableau des actes d'un bailli royal au commencement du treizième siècle donne quelque lumière sur les origines et les développements d'une des principales institutions du règne de Philippe-Auguste.

Pierre de Thillay tenait dans sa baillie les assises du roi. Ces assises n'étaient pas seulement destinées à juger les procès dont la connaissance appartenait à la juridiction royale ; on y publiait aussi les actes auxquels la « publicité » devait donner un caractère authentique, et l'on consignait dès lors sur des rôles le souvenir de cette formalité.

Chaque année, à Pâques et à la Saint-Michel, Pierre de Thillay devait se rendre aux sessions de l'échiquier, à Rouen, à Caen ou à Falaise. Il siège à l'échiquier de Pâques en 1213 à Falaise. On le retrouve à l'échiquier de Pâques en 1217, à celui de Pâques en 1219 et à celui de Saint-Michel 1220.

Il est aussi chargé de faire des enquêtes sur des points litigieux : en 1216, sur les gros poissons qu'on prenait dans la Dive, puis sur un four que Gautier le François avait établi à Cléville , ou encore en 1218, sur un fief de la baronnie de Bavent. Il faisait aussi exécuter les jugements rendus à l'échiquier. En 1219, il notifie le jugement qui, en dépit des prétentions de Guillaume de Culay, chevalier, assurait aux moines de Saint-Evroul le patronage de l'église de Culay.

Le bailli veillait à l'exécution des ordres du roi. Dans deux circonstances, en janvier 1213 et en janvier 1215, Philippe-Auguste chargea Pierre de Thillay de faire respecter les privilèges des abbayes de Saint-Etienne de Caen et de la Luzerne.

L'administration du domaine royal entrait essentiellement dans ses attributions. En 1212, il fut autorisé à assigner sur le domaine de Caen les indemnités dues à des personnes dont la terre avait été expropriée pour les travaux du vivier de Cérences. En 1217, il rendit compte des revenus de sa baillie. A peu près à la même époque, il rédigea ou fit rédiger un état des fiefs relevant du roi dans la même circonscription ; il y constata les services dus par chacun de ces fiefs.

Dans certains actes, il est simplement qualifié bailli du roi, dans d’autres, il est qualifié de sénéchal ou de bailli de Caen, dans d’autres encore, bailli de Caen et de Falaise. Il a présidé les assises royales à Caen, à Falaise et à Vire. Ces circonstances donne une idée générale de l'étendue de sa baillie, et aide à comprendre le sens des mots baillia, ou bailli via Pétri de Teilleio qui se trouvent dans plusieurs documents administratifs du règne de Philippe-Auguste.

Dans le registre des fiefs de Philippe-Auguste, on peut reconnaître 53 communes dont le territoire était compris dans la baillie de Pierre de Thillay. En voici la liste :

DÉPARTEMENT DU CALVADOS.
Arrondissement de Caen.
Canton de Caen. Bretteville-sur-Odon, Hérouville.
Canton de Creully. Amblie, Anisy, Coulombs, Moulineaux, Rosel.
Canton de Douvres. Lion-sur-Mer. Canton d'Evrecy. Amayé-sur-Orne, Baron.
Canton de Tilly. Carcagny, Fontenay-le-Painel.
Canton de Troarn. Argences, Bavent, Bréville, Cabourg, Petiville.
Canton de Villers-Bocage. Noyers, Parfouru-sur-Odon, Tracy.
Arrondissement de Falaise.
Canton de Bretteville-sur-Laize. Bray, Bretteville-le-Rabet, Gouvix.
Canton de Coulibœuf. Coulibœuf, Courcy.
Canton de Thury. Culey, Mère, Thury.
Arrondissement de Lisieux.
Canton de Mezidon. Ecajeul.
Canton de Saint-Pierre-sur-Dive. Montpinçon.
Arrondissement de Pont-L'Évêque.
Canton de Cambremer. Cléville.
Arrondissement de Vire.
Canton d'Aunay. Jurques.
Canton de Saint-Sever. Champ-du-Boult, Mesnil-Robert.
Canton de Vassy. Presles, Vassy.
Canton de Vire. Coulonces.
DÉPARTEMENT DE L’ORNE.
Arrondissement d'Alencon.
Canton d'Alencon. La Lacelle.
Canton de Carrouges. Le Champ-de-la-Pierre, La Motte, Saint-Ouen-le-Brisoult.
Arrondissement d'Argentan.
Canton de Briouze. Annebec, Briouze, Le Grais, Lignon.
Canton d'Écouché. Ëcouché, Saint-Brice.
Canton de Putanges. Bazoches-au-Houlme, Habloville,
Arrondissement de Domfront.
Canton d'Athis. La Carneille. Canton de Domfront. Rouelle.
Canton de Tinchebrai. Cérisy.

Pierre de Thillay était déjà bailli de Caen en 1208, il siégeait encore à l'échiquier en 1220. Après cette date, il n’existe aucun acte dans lequel il agisse en qualité de bailli. Mais il est assez probable qu'il garda ce titre jusqu'en 1224. En effet, il existe une charte de Hugue, évêque de Coutances, datée du 4 mai 1225, en réponse à une lettre de Pierre de Thillay, bailli du roi, et cette charte ne peut guère avoir été expédiée longtemps après la lettre qui l'avait provoquée. Mais à cette date (4 mai 1225), car c'est à son successeur, Renaud de Ville-Thierri, que la charte dont il vient d'être question est adressée.

La principale fondation de Pierre de Thillay, la seule peut être dont les effets subsistent encore de nos jours, est l'Hôtel-Dieu qu'il établit à Gonesse, près du berceau de sa famille. La première pièce relative à cette fondation est une charte de Robert, évêque de Bayeux, datée du 26 novembre 1208, à Caen, dans la chapelle du roi. Le prélat fait savoir que Pierre de Thillay et Aveline, sa femme, ont donné à l'Hôtel-Dieu, déjà commencé, cent arpents de terre sur le territoire de Gonesse et du Tremblay, leurs maisons de Paris, leur dîme de Bonneuil et une somme de deux cents livres de parisis pour construire les murailles de l'édifice. Pierre, évêque de Paris, confirma ces donations au mois de novembre de la même année : il nous apprend que les maisons données à l' Hôtel-Dieu étaient situées près de l'abbaye de Saint-Magloire de Paris. Le même évêque, en janvier 1211, garantit au fondateur le droit de diriger l'Hôtel-Dieu sa vie durant. Trois chartes de Pierre de Thillay lui-même, en 1215, 1217 et 1218, donnent le détail des biens dont il avait doté cet établissement.

vestiges_de_l_hotel_Dieu_de_Gonesse

Pour indemniser le curé de Saint-Pierre de Gonesse du tort que la fondation de l'Hôtel-Dieu pouvait causer à la cure, Pierre de Thillay lui assigna, en janvier 1211, une rente d'un muid ** de froment et une somme de douze livres parisis***, qui devait être employée à acheter des terres ou des vignes.

Pierre de Thillay ne négligea pas pour autant les églises de la Normandie, sa patrie adoptive. Il donna à la cathédrale de Bayeux des biens situés à Mathieu, et quand il fut devenu seigneur du Mesnil- Mauger, il s'empressa de détacher quelques revenus de son fief pour doter la chapelle de Notre-Dame de Fribois, desservie par les chanoines de Sainte-Barbe en Auge. Vers 1207, il affecta à l'entretien du luminaire de cette église une dîme qu'il avait achetée de Robert Louvel, à Condé-sur-Laison, pour une somme de 30 livres tournois. Il obtint de Philippe- Auguste, en avril 1219, des privilèges pour ce petit prieuré, et décida son ami Guillaume d'Ouilly, archidiacre d'Angers, à lui aumôner quinze acres de terre situées au pont d'Ouilly.

Il a eu une fille nommée Héloïse, qu’il maria à un chevalier du voisinage de Gonesse, Eude du Tremblay. Cette alliance indiquée par une charte du mois de janvier 1222. D'après un acte sans date, mais probablement de l’année 1225 ou environ, il semble que Eude du Tremblay avait succédé à Pierre de Thillay dans ses seigneuries de Normandie. C'est ainsi que la famille du Tremblay s'établit au Mesnil-Mauger. Cette famille y sera encore pendant plusieurs générations puisqu’en décembre 1264, Jean du Tremblay, chevalier, baille des terres à Eude Viel, bourgeois de Falaise. Un acte de l'officialité de Lisieux fait connaître une Clémence, femme de Jean du Tremblay, écuyer, en novembre 1270. Puis en 1271, Jean du Tremblay, encore écuyer, échange avec les religieux de Sainte-Barbe la dîme des moulins et des prés du Mesnil-Mauger. Au mois de février 1278, un arrêt du parlement décide que Jean du Tremblay, chevalier, fera hommage au roi, et non pas à Jean de Brucourt, pour la terre de Fribois, qu'il posséde comme héritier de Pierre de Thillay. Un peu plus tard, en 1302, Robert de Tremblay et son épouse, Isabelle, vendent à l’abbaye de Grestain, pour 90 livres et 73 sols tournois, toutes les rentes, franchises et seigneuries qu’ils possédaient dans les paroisses d’Ouville et de Sainte-Marie. En 1317, un Jehan du Tremblay, seigneur de Mesnil-Mauger confirme une donation faite à Sainte-Barbe.

Pierre de Thillay et sa femme Aveline furent enterrés dans la chapelle de l'Hôtel-Dieu qu'ils avaient fondé. Leur monument existait encore au dix-huitième siècle.

* BAILLI : représentant de l'autorité du roi ou du prince, chargé de faire appliquer la justice et de contrôler l'administration en son nom.
** MUID : ancienne mesure pour les grains et liquides, en Normandie 1 muid = 150 pots ou 300 litres. Le tonneau contenant un muid s’appelle une futaille (source Wikipedia).
*** LIVRE PARISIS : monnaie utilisée sous l’ancien régime, en référence aux espèces monétaires fabriquées par l’atelier de Paris. Elle demeure la monnaie officielle du royaume jusqu’en 1203, où elle est remplacée par la livre tournois. Elle subsiste dans quelques régions de France jusqu’en 1667, date à laquelle elle est interdite d’emploi. 1 livre parisis = 1,25 livre tournois = 10 euros (source Wikipedia).

Source : Bibliothèque de l'École des chartes De Ecole nationale des chartes (France). Société de l'École des chartes. 1859

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