Vaux-la-Campagne : sa terre, son château
La terre de Vaux a appartenu – en partie – aux De Marguerye (ou Marguerie). 
Cette famille originaire du diocèse de Bayeux et connue en Normandie dès le commencement du XIe siècle avec un nommé Jean Marguerye, chevalier, seigneur et patron de la Motte d’Airel, de Livry, de Colleville, de Varaville, de Saint-Sauveur, etc. De lui, sont issus plusieurs branches : celle des seigneurs d’Etresham et de Colleville, celle de Vierville (éteinte vers 1830), celle de Montfort (établi en Lorraine), celle de Bretteville et de Sorteval et celle de Neuville d’Argences. C’est cette dernière branche que l’on retrouve sur les terres de Vaux-la-Campagne :
Henry-Louis de Marguerye, chevalier et baron d’Etresham, seigneur de Neuville, du Mesnil, d’Argences et autres lieux, second fils de Bernardin de Marguerye et de Esther Le Verrier, a épousé demoiselle Marie Piquot qui lui donnera un fils nommé Jacques-Louis de Marguerye, seigneur de Neuville.
Celui-ci épousera le 18 février 1690 Renée d’Olliamson. De ce mariage sera issu Henry-Louis de Marguerye, seigneur d’Argences qui épousera en 1730 demoiselle Marie-Charlotte-Jeanne de Moult. De ce mariage, naîtront plusieurs enfants, dont :
Louis-Charles de Marguerye, né en 1736, capitaine de Dragons. Il épousera demoiselle Marie-Thérèse-Madeleine Courcoul des Acres. Louis-Charles décédera en 1785 en sa terre de Vaux-la-Campagne. Son épouse y décédera le 15 septembre 1818. Leur tombeau est toujours dans le cimetière de Vaux-la-Campagne.
De leur mariage, un seul fils est issu, il s’agit de Louis-François de Marguerye, né en 1772. Il épousera en 1797, demoiselle Elisabeth-Constance Bacon de Saint-Manvieu. Il meurt en 1827, laissant deux fils, Louis-Ernest de Marguerye, marquis de Vassy et Alphonse-Godefroy. Ce dernier laissera un fils Arthur-Louis-Gustave, comte de Marguerye de Vassy, né à Paris le 30 juin 1833.
Sur le tombeau des parents de Louis-François de Marguerye, à Vaux-la-Campagne, il est indiqué :
« A la mémoire de Louis François de Marguerye, chevalier, comte de Vassy, décédé le 10 octobre 1827 en son château de la Roche en Nivernais. Nous nous reverrons un jour »
Le tombeau de la famille de Marguerye date de 1784, on y voit les armoiries de la famille et il est inscrit à l’inventaire général de Basse-Normandie.
Parallèlement, en 1771, fut construit à Vaux-la-Campagne, un château par Robert de Cairon. La famille de Cairon possède de considérables propriétés. 3 ans plus tard, on trouve un Alexandre, chevalier de Cairon et seigneur de Vaux-la-Campagne, qui épouse demoiselle Marie Madeleine d’Esmalleville, fille du marquis de Panneville (elle héritera du marquisat).
On trouve aussi une Elisabeth Patry inhumée à Vaux-la-Campagne le 18 août 1779 âgée de 60 ans, elle était mariée à un nommé Augustin de Cairon, Sieur et patron dudit Vaux-la-Campagne.
L’origine de cette famille se rattache à l’une des époques les plus glorieuses de notre histoire : celle du recouvrement de la Normandie sur les Anglais sous Charles VII. Cette famille s’est divisée en un grand nombre de branches connues sous les noms de La Fallu de Cairon, de Vogny de Crocy de Saint-Vigar, de Cardouville, de La Motte, de Vaux, de Panneville, d’Amblien de Barbières etc. Elle a formé un grand nombre d’officiers de terre et de mer, sept chevaliers de Saint Louis et neuf de ses membres servaient en même temps sous les drapeaux.
En 1804, le château de Vaux-la-Campagne est racheté par Isaïe Rioult d’Avenay (ou Villaunay).
La famille du Villaunay tire son origine d’un nommé Jean Rioult, vivant en 1463. Mais sa filiation n'a pu être établie par la perte de ses titres qui furent incendiés, en 1753, dans la maison du sieur Jourdain, commis de M. d'Hozier, juge d'armes de France, auquel elle les avait confiés pour être mis en ordre et établir sa généalogie, malheur dont le nommé Jourdain fut la victime, ayant été lui-même brûlé dans son lit.
Les lettres-patentes de 1766, rapportent plusieurs actions pour cette famille, parmi les services qu'elle a rendu aux différents Rois. En date du 5 décembre 1692, Pierre Rioult des Vallées, céda tous ses biens à ses 4 fils, afin d’encourager leur zèle et leur affection au service du Roi.

Le premier, garde du corps du Roi, fut tué à la bataille de Malplaquet qui eu lieu le 11 septembre 1709, où les français affrontèrent les anglais, les autrichiens et les hollandais dans le cadre de la succession du trône d’Espagne. Le 2e capitaine de cavalerie, reçut plusieurs blessures à l’affaire de Nimègue (1702), le 3e lieutenant de cavalerie est mort sans descendance et enfin, Jean-Louis Rioult de Morencourt, le dernier des fils qui servit près de 40 ans tant sur mer que sur terre. Ce dernier fils eut lui-même 3 fils :
1°) Adrien Gabriel Rioult de Bois-Rioult, lieutenant de milice par brevet du 1er janvier 1734. Il entra dans les gardes du corps du Roi en 1737 et passa dans la compagnie du Luxembourg en 1762. Il fut fait capitaine de cavalerie le 4 mars 1753 et chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis le 3 janvier 1756. Il se distingua dans la plupart des actions de guerre de son temps, et notamment à la bataille d'Ettingen, où il reçut plusieurs blessures considérables. Il mourut à sa terre du Chesne, près Lisieux, le 3 novembre 1782, laissant un fils de son épouse demoiselle Froudière de la Conterie nommé Adrien Rioult de Bois Rioult.
2°) Pierre Paul Philippe de Rioult de Boishebert, qui mourut sans avoir été marié et donc sans descendance. Il fut fait lieutenant en 1742 et en 1766 il était capitaine de grenadiers au régiment de Vermandois. Il fut partie de l’expédition de Minorque, du détachement employé sur l’escadre de M. De la Gallissonnière, et prit part à la victoire que ce chef d’escadre remporta sur les anglais.
3°) Isaïe Louis Rioult de Villaunay (ou d’Avenay), né en 1722 (ou 1723). Il entra en 1742 en tant que lieutenant au régiment de Vermandois – comme son frère - et était aussi capitaine de grenadiers en 1766. Il se trouva à la bataille de Saverne, aux sièges de Fribourg, de Mons, de Saint-Guilain, de Charleroy et de Maestricht, à la bataille de Raucoux et dans tous les actions où ce régiment fut employé. Il se distingua particulièrement au siège de Mahon, où, étant employé sous M. de Beauvau, à une fausse attaque, il fit un feu si vif et si soutenu, qu'un détachement anglais, commandé pour soutenir la véritable attaque, reçut un contre-ordre, et fut employé à repousser le sieur de Villaunay, qui par cette diversion, contribua beaucoup à la conquête de cette place importante. Il perdit, dans cette action, soixante-six hommes des cent qu'il commandait, ainsi que beaucoup de travailleurs, qu'il avait engagés à prendre les armes des soldats qu'il avait perdus. Son capitaine et son lieutenant furent tués, et lui-même, fut blessé de deux éclats de bombe. Il était aussi gouverneur de Falaise.
Le 1er octobre 1767, Isaïe Louis Rioult du Villaunay épousa Marie Catherine Françoise de Blancard à Allemagne (Fleury-sur-Orne), veuve de Charles François Coupelle, sieur de Bellée, fille de François Archange Pierre de Blanchard, sieur de Montbrun, chevalier de St-Louis et de Marie Anne de Grieu, demeurant paroisse de St-Jean de Caen. Il acheta le donc le château de Vaux-la-Campagne et mourut à Avenay en 1818, à l’âge de 98 ans. Marie Catherine Blancard lui avait donné 3 fils et une fille.
Son fils Archange Louis Rioult d’Avenay né le 22 novembre 1768 à Avenay (près de Caen) servit pendant la Révolution dans le régiment Royal-Normandie-Cavalerie où il y est nommé sous-lieutenant en février 1785, resta après 1789 fidèle au drapeau de France et devint colonel du 6e régiment de cuirassiers (24 février 1805). Il se signale en Allemagne contre les Russes, défit deux régiment de Dragons de la garde de l’empereur Alexandre, fut nommé général de brigade de cavalerie (25 janvier 1807), puis ayant passé en Espagne, il chassa les rebelles de l’Escurial et soumit les provinces de Salamanque et de Zamora, dont il devint gouverneur-général. Appelé en Italie, en 1809, il se trouvait à la bataille de la Piave, où, en voulant enlever une batterie, il eut la cuisse emporté par un boulet. Il mourut à Trévise, des suites de cette blessure en juillet 1809 … sans avoir été marié.
La fille Marie Louise devient Mme de Magneville et le 2e fils n’a pas de descendance connue. De Marie Louise de Magneville naîtra une fille qui épousera Alexandre Adéodat du Moncel. Or la 2e épouse d’Alexandre Adéodat n’est autre que Marie de Revilliasc qui habitera le château du Breuil (près de Mézidon) dont les descendants sont les de Sarcus que l’on trouve encore dans les années 1920 au château du Breuil..... La terre du Breuil avait appartenu aux De Grieu de Grandouet (près de Cambremer).... La grand-mère de Marie Louise (mère de Marie Catherine Françoise de Blancard) était une de Grieu ? est-ce la même branche ?
Le dernier des enfants d’Isaïe est héritier du château est Adrien Rioult de Villaunay, il est né à Avenay le 23 août 1780. Il entra, fort jeune, dans le régiment de cavalerie dont son frère était colonel, et lorsque celui-ci fut devenu général, il servit sous ses ordres, comme officier, en Espagne et en Italie. Il revient dans sa famille après le décès de son frère. Il avait épousé Aglaé de Bonenfant (de Magny-le-Freule), le 11 mai 1801. Elle lui donnera une fille Aglaé Louise qui épousera .... Arcisse de Caumont* le 15 février 1832. Ils hériteront du château de Vaux en 1842. Ce dernier y réunira régulièrement ses collègues de la société linnéenne de Normandie**, à la suite d’excursions dans la région de Mézidon (1849).
En 1814, Adrien Rioult de Villaunay fit partie du corps des chevau-légers et rejoignit, en 1815, Louis XVIII à Gand. Son régiment ayant été licencié à la rentrée des Bourbons, il vint se fixer à Caen, où il fut, pendant quelque temps colonel de la garde nationale de cette ville et longtemps conseiller municipal.
Plus tard, il se livra entièrement aux travaux de la campagne, c’est-à-dire le château de Vaux, où il passait une grande partie de l’année. Il créa le parc qui entoure le château et qui traverse la rivière le Laizon, offrant au château de Vaux sa réputation d’être l’un des plus agréables du Calvados. En 1824, il y fit construire une tour d’observation carré (que l'on aperçoit encore en passant sur la rocade de Magny-la-Campagne), elle fut construite par un maçon de Vieux-Fumé, un nommé Ballot.
M. Rioult de Villaunay était membre de la Société d’Agriculture et de Commerce de Caen et de l’Association normande. Il mourut à Vaux, le 2 juin 1841. Son épouse Aglaé de Bonenfant décédera la même année, le 23 décembre, à l’âge de 56 ans. Leurs tombes, ainsi que celle de leur fils unique Théodomir, décédé à Caen, le 15 mars 1844, à l’âge de 37 ans, se trouvent encore dans le cimetière de Vaux-la-Campagne.

Leur fille, Aglaé Louise épouse de Caumont, hérite donc du château de Vaux. Le couple Arcisse de Caumont et Aglaé Louise de Villaunay n’a pas de descendance. Le château de Vaux revient alors à la soeur d’Arcisse de Caumont après le décès de celui-ci en 1873. La soeur d’Arcisse, Marie Laurentine de Caumont a épousé Alexandre Gigot de Bellefond. Sa fille, Elisabeth Gigot de Bellefond épousera en 1858, Albéric Beuverand de la Loyere.
Le château appartient encore aux descendants, en effet, on trouve dans le cimetière de Vaux-la-Campagne, les tombes d’Albéric (1820-1896) et d’Elisabeth Beuverand de la Loyere née Gigot de Bellefond (1832-1907), nièce d’Arcisse de Caumont. Mais aussi celle de leur fille, Marguerite Beuverand de la Loyere (1859-1940) et de son époux, le vicomte Gabriel de Marcé (1857-1915), et ainsi de suite jusqu’à nos jours.

*Arcisse de Caumont né à Bayeux en 1802, célébre archéologue, décédé en 1873 sans avoir eu d’enfant de son mariage avec Mlle Aglaé Louise Rioult de Villaunay (marié le 15 février 1832 à Caen).
** La Société Linnéenne de Normandie, fondée en 1823, est une société scientifique régionale à vocation naturaliste qui organise, chaque année, un cycle de conférences et au moins une excursion sur le terrain. Elle a pour but l'étude du patrimoine naturel à travers ses aspects botaniques, mycologiques, zoologiques, géologiques, géomorphologiques,… et publie régulièrement le Bulletin de la Société Linnéenne de Normandie.
Sources : Nobiliaire universel de France ou Recueil général des généalogies historiques des maisons nobles de France, par Nicolas Viton de Saint-Allais, 1821, tome 18. Biographie normande par Théodore Eloi Lebreton, 1861. Statistique monumental d’Arcisse de Caumont, 1850.