Histoire de Mézidon Canon et de son canton

Histoire cantonale et communautaire de Mézidon Canon et cartes postales anciennes

11 juillet 2008

Quand Gustave Flaubert "passe" à Mézidon

Extrait de la correspondance de Gustave Flaubert de 1873 à 1876 où il précise à sa nièce Caroline, qu'il est "passé" par Mézidon :

Croisset, mercredi, 24 juin 1874.


Ma pauvre Fille,

J'ai reçu l'autre mardi ton télégramme de Malmoë, puis hier ta lettre commencée à Hambourg et finie à Stockholm. Aurai-je une lettre de toi avant samedi prochain, qui est le jour de mon départ pour la Suisse ? Sitôt arrivé à Kaltbad, je t'enverrai un télégramme qui peut-être ne te trouvera pas, car où es-tu maintenant ? Il me paraît difficile d'avoir une correspondance régulière. Tu devrais bien me faire un programme de vos séjours.

Mon petit voyage en Normandie a été charmant. Nous avons parcouru le département de l'Orne et celui du Calvados.

Voici nos stations :la Ferté-Macé, Domfront, Condé-sur-Noireau,Caen, Bayeux, Port-en-Bessin, Arrromanches, Musigny, Falaise ; retour par Mézidon et Lisieux.

Tu n'imagines pas la beauté de ce pays. Domfront m'a rappelé Constantine. C'est à faire exprès le voyage. Que de sujets pour un pitre-paiysaîgete . Je placerai Bouvard et Pécuchet entre la vallée de l'Orne et la vallée d'Auge, sur un plateau stupide, entre Caen et Falaise ; mais il faudra que je retourne dans cette région quand j'en serai à leurs courses archéologiques et géologiques, et il y a de quoi s'amuser. Les bords de l'orne, de Condé-sur-Noireau à Caen, sont on ne peut plus...pittoresques ! (pardon du mot). Partout des
rochers, et de place en place une grande falaise au milieu de la verdure. Nous nous sommes trimbalés en guimbarde, nous avons mangé dans des cabarets de campagne et couché dans des auberges classiques.

J'ai initié mon compagnon à l'eau-de-vie de cidre, et il en a remporté une bouteille chez lui ! On n'est pas meilleur garçon ni plus attentionné. Il ne partira pas avec moi, mais il viendra me chercher. C'est demain matin que je quitte Croisset. J'ai aujourd'hui été à l'Hôtel-Dieu. L'opération a jusqu'à présent très bien réussi. Il est sûr que Julie verra d'un oeil, et quant au second, c'est probable. Elle m'a tout de suite demandé de tes nouvelles, avant même de me parler de sa santé. En l'apercevant dans son lit, avec un bandeau qui lui cachait la figure et ne découvrait que le menton, le souvenir de notre pauvre vieille m'est revenu, et j'ai comprimé un gros sanglot. Comme je la regrette, ma chère Caro ! J'ai songé à elle tout le temps que je me suis promené en Basse-Normandie ; à propos de mille petits détails, les souvenirs d'enfance m'assaillaient. Et hier soir, la rentrée solitaire dans mon domicile a été, comme de coutume, fort amère. Ce sentiment de l'isolement est un effet de l'âge. Mais ne nous attristons pas !

Je m'en vais, sur les hauts sommets, tâcher de (me) remonter la mécanique, afin de me lancer dans Bouvard et Pécuchet gaillardement. Du reste, mon petit voyage de cinq jours m'a fait du bien. Je suis moins rouge et je me sens moins fatigué. Mon serviteur est tout dolent de me voir partir. Il dit qu'il s'ennuie à crever quand je ne suis pas là.

Aucune nouvelle. Rien en politique. Les journaux se sont occupés beaucoup du retour de Rochefort. Mais cette rengaine commence à s'user.

"Nos campagnes" se plaignent de manquer d'eau. Il fait alternativement très chaud et très froid ; "le fond de l'air" est bizarre, ou plutôt il n'a pas de fond. à l'instant même, un coup de sonnette me fait battre le coeur. Je croyais que le facteur m'apportait une lettre de Suède. Pas du tout ! mais c'est une lettre pour Mme Commanville. Timbre illisible et écriture de femme inconnue. Je vais la mettre dans une enveloppe et te l'adresser. J'ai invité pour aujourd'hui mon petit ami Fortin.

Mes paquets sont faits, j'ai réglé avec émile. Il ne me reste plus qu'à dire adieu à Julio qui dort près de moi, sur la peau d'ours, et à partir. Je suis curieux de savoir si le moral sera meilleur à mon retour ; ce qu'il y a de certain, c'est que depuis quelque temps il est bas.

Adieu, mes chers enfants. Portez-vous bien et songez à Ton pauvre vieux bedollard d'oncle, à ta Nounou qui t'embrasse tendrement.

Source : Gallica.

Posté par Nos communes : terres d'Histoires - Mézidon et Canon - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

Commentaires

Poster un commentaire